Le labre nettoyeur et le test du miroir

labre nettoyeur face à un autre poisson © Colin Marshall / FLPA - Frank Lane Picture Agency / Biosphoto

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Emmanuelle Grundmann

Un petit poisson noir et bleu nage nonchalamment en direction d’un miroir placé dans son aquarium. Une tâche brune orne sa gorge. Ce petit labre nettoyeur se place à la verticale, fait un instant du surplace puis plonge vers le fond et se frotte contre le sable avant de remonter face au miroir. L’évènement semble ordinaire pourtant il fait l’effet d’un ouragan dans le monde scientifique.

En effet, le test du miroir est un graal. Seuls peuvent le franchir les espèces ayant une forme élevée d’intelligence et doués d’une conscience de soi. En effet, ce test, inventé en 1970, consiste à apposer sur des animaux endormis une tâche de couleur, et à observer le comportement des individus une fois réveillés, lorsqu’ils font face au miroir.

Les grands singes, les éléphants, les dauphins ou encore les pies se reconnaissent et tentent de toucher cette marque, voire de l’effacer, signe qu’ils voient dans cette surface spéculaire leur propre reflet. D’autres, comme les lémuriens, des macaques, les chats, les chiens et de nombreuses autres espèces pensent avoir affaire à un autre congénère et tentent d’interagir avec lui, en arborant des mimiques d’agression ou de dominance par exemple.

Comment imaginer un instant qu’un poisson puisse franchir haut la main ce test. Or, c’est la conclusion de cette très sérieuse étude menée par un chercheur sud-africain. Une conclusion que certains ont du mal à accepter car elle remet en cause le côté très particulier des espèces dites supérieures et notamment des grands singes dont nous faisons partie.

Soit le test du miroir n’est pas pertinent pour mesurer la conscience de soi et il faut trouver une nouvelle façon de mesurer cette compétence, soit nous devons admettre qu’un poisson puisse rejoindre ce club très fermé !
 
Source : Plos Biology