BLUE : Interview avec Denis Lagrange, chef-opérateur

Denis Lagrange

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Disneynature

Plongeur depuis plus de 20 ans, Denis Lagrange a tourné dans de nombreux endroits à travers le monde. Ce spécialiste des prises de vues sous-marines a travaillé comme chef opérateur sur divers films, comme « Dark Tide » ou « Point Break », ainsi que sur des documentaires comme « Terra » et  « Planet Ocean ».

Pour BLUE, il a filmé la plupart des séquences de la femelle baleine à bosse accompagnée de son petit, ainsi que celles des requins de jour comme de nuit. Son terrain de jeu favori : La Polynésie.

Ce plongeur chevronné, habitué à filmer au plus près les espèces marines, nous parle aujourd’hui de son métier, et nous livre quelques anecdotes de tournage.

En quoi consiste le travail d’un chef opérateur sur un film comme BLUE ?
Je suis chef opérateur, spécialisé dans les longs métrages en milieux naturels. Je m’occupe à la fois du cadre et de la lumière, alors que pour un film classique en studios, la lumière est gérée par un directeur photo, et le reste par un opérateur cadre.

Comment parvenez-vous à filmer et à suivre les animaux marins sauvages sans les déranger ?
En milieu naturel, il faut avoir une certaine maîtrise de l’environnement, et une connaissance des animaux. Il faut savoir anticiper leurs comportements, adapter les techniques cinématographiques à un environnement naturel spécifique.
Nous avons notamment filmé les baleines à Moorea, une île petite, à taille humaine. Nous avons rencontré entre 15 et 20 baleines ; des femelles, des mâles, et des baleineaux ; qu’on identifie grâce à leurs signes distinctifs, leurs nageoires pectorales et leur queue.  

Nous savons que les mères sont très protectrices avec leur baleineau, et qu’il est plus facile de les approcher quand il est déjà âgé de plusieurs semaines.

Ensuite, pour les filmer, nous attendons qu’elles soient en position de repos, car elles sont beaucoup trop rapides en navigation. Au repos, elles se positionnent à 20 ou 25 mètres de profondeur. Il y a d’abord un apnéiste en surface qui la cherche, évalue la profondeur et la stabilité de la baleine, avant la mise à l’eau. Il faut attendre qu’elle soit calme, analyser la direction de la tête et de la queue, s’approcher doucement, et gérer l’approche en fonction des réactions. Nous avons obtenu des beaux plans notamment sur l’œil d’une baleine. Elle nous a donné accès à son espace vital.

Quels ont été pour vous les moments les plus marquants du tournage ?
À chaque tournage, on découvre ou redécouvre des choses, qui étonnent du premier jour jusqu’au dernier. Je suis ravi d’avoir eu un rôle tout au long du projet, de la création à la promotion du film. La présence sur place de Keith Scholey, le réalisateur, a été particulièrement rassurante. Il a une vraie connaissance des animaux et des tournages en milieux naturels. Il sait évaluer s’il a suffisamment d’images, et se focalise sur l’essentiel.

Avez-vous été témoin sous l’eau de l’impact du changement climatique ?
Oui et non. En vingt ans, j’ai été témoin de nombreux changements en Polynésie. Sur un endroit donné, les choses peuvent changer en bien. Par exemple, il y beaucoup plus de requins qu’avant. En 2006, la Polynésie a créé une loi pour interdire la pêche des requins.
En revanche, à certains endroits du lagon, il y a des étendues impressionnantes de coraux morts, ce qui n’était pas le cas il y a 20 ans.

Denis Lagrange filme les requins gris de récif

Denis Lagrange filme les requins gris de récif