Pour sauver ses géants, le Kenya brûle son stock d’ivoire

Destruction d'un stock d'ivoire au Kenya (1990) Denis-Huot/naturepl.com

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Emmanuelle Grundmann

En guise de signal fort lancé à l’occasion du sommet des Géants réunissant hier les chefs d’états des pays africains abritant encore des pachydermes, le Kenya a brûlé aujourd’hui 30 avril son stock d’ivoire. Ce sont plus de 105 tonnes de défenses d’éléphants qui sont parties en fumée, soit 5% du stock d’ivoire mondial, la plus importante quantité de défenses jamais détruites en une seule fois.  "Nous ne serons pas les Africains qui sont restés sans rien faire devant la disparition des éléphants", a asséné le président kenyan Uhuru Kenyatta en appelant par ailleurs à une interdiction totale du commerce de l’ivoire, mesure qu’il proposera lors de la prochaine réunion de la CITES à Johannesburg en septembre prochain. Richard Leakey, paléo-anthropologue et directeur du service kényan de la Faune, à l’origine des premières mesures drastiques contre le braconnage à la fin des années 80 a par ailleurs demandé aux autres pays du continent de suivre l’exemple du Kenya et de brûler leurs stocks d’ivoire. Chaque année, 30 000 éléphants sont abattus pour alimenter un trafic extrêmement lucratif, soit près de 100 pachydermes par jour. Un chiffre qui dépasse le taux de reproduction de l’espèce signifiant qu’à court terme, le géant ne sera plus qu’un souvenir. L’essentiel de l’ivoire braconné finit en Asie où sculpté, il se vend à prix d’or. Face à des réseaux de trafiquants de mieux en mieux armés et organisés, le Kenya doit à la fois durcir ses méthodes en faisant appel par exemple à d'anciens membres des forces spéciales britanniques et aux technologies les plus avancées (hélicoptère, communications radio-cryptées, équipement de vision nocturne…) mais aussi lutter contre la corruption qui voit souvent les trafiquants arrêtés ne pas être poursuivis en justice. Cependant, le combat contre le commerce illégal ne sera gagné que lorsque la demande asiatique se tarira. Et, si la Chine a durci sa législation sur les importations d’ivoire, elle permet toujours la revente de celui acheté avant le moratoire de 1989 ! Source : AFP